Courte présentation du Sacre et couronnement de Louis XVI, Roi de France et de Navarre (Extrait du livre)
ENTRÉE DU ROI À REIMS
Ce même jour – qui était celui où
le Roi devait faire son entrée solennelle dans la ville de Reims –, toutes les
avenues qui conduisent au faubourg de Vesle étaient remplies d’un Peuple
immense. Les gardes-françaises et suisses étaient alignés depuis l’église de
Notre-Dame jusqu’à la porte. Les gardes à pied de Monsieur le Duc de Bourbon et
les Suisses Hallebardiers occupaient le pont des deux côtés, et au-delà des
murs de la ville. Depuis ce pont, j’aperçus au loin, six compagnies de la milice
bourgeoise, qui bordaient, de cet endroit, les deux côtés du faubourg jusqu’à
Saint-Éloi. La compagnie des arquebusiers était postée en avant dans la
campagne, sur le bord du grand chemin, à un demi-quart de lieue d’ici, selon le
témoignage de quelques personnes.
Sur les coups d’une heure après
midi, l’ensemble des officiers municipaux, tous vêtus d’un habit noir, avec
manteau et rabat, ayant chacun une fleur de lys brodée en or sur leurs habits,
précédés des hoquetons de la garde, du lieutenant des habitants, tous en
uniforme, l’épée nue à la main, ayant deux trompettes à leur tête, et de huit
sergents de la forteresse, revêtus de leurs casques, portant leurs baguettes,
et tous à cheval, partirent de l’hôtel de ville et se rendirent à une
demi-lieue de la ville, vis-à-vis le village de Tinqueux où, dit-on, Monsieur
le Duc de Bourbon, Gouverneur de Champagne, Monsieur le Marquis d’Ecquevilly,
Lieutenant général de la province au département de Reims, Monsieur Rouillé
d’Orfeuil, Intendant de la province, et Monsieur le Marquis d’Ambly, capitaine
pour le roi dans la ville de Reims, vinrent les joindre.
Ce fut en ce lieu que le prince et
Messieurs mirent pied à terre pour attendre Sa Majesté en compagnie des gardes
de la ville, restées à cheval jusqu’aux alentours de quatre heures et un quart.
Sa Majesté monta dans son carrosse de cérémonie, l’air s’emplit des cris
redoublés de « vive le roi » qui furent continués, sans interruption, jusqu’à
ce que Sa Majesté fut arrivée à l’Église Métropolitaine.
Le carrosse de cérémonie s’étant mis en
marche, le corps de ville alla au-devant, et l’ayant joint, le carrosse arrêta.
Un valet de pied en ouvrit la portière, Monsieur le Duc de Bourbon, Monsieur
d’Ecquevilly et Monsieur l’Intendant présentèrent le corps municipal à Sa
Majesté. Alors, Monsieur Cocquebert, écuyer, Président Trésorier de France au
bureau des finances de Champagne, et lieutenant des habitants, mit un genou en
terre, ainsi que tous les officiers de l’hôtel de ville et harangua le roi, avec
un magnifique discours engendrant d’innombrables éloges et l’allégresse
publique, des cris du cœur toujours inépuisables pour le meilleur des rois.
Après que le compliment eut été
prononcé, Sa Majesté regagna son carrosse de cérémonie qui continua sa progression,
précédé par ces messieurs jusqu’à Saint-Éloi pour recevoir des officiers
municipaux les clés de la ville.
En ce lieu, Sa Majesté reçut les clés
d’argent, ornées d’un gland, des mains de chacun de ces Messieurs qui,
eux-mêmes, les reçurent des mains du Lieutenant des habitants. Dès que le roi
entra dans la ville de Reims, l’acclamation d’allégresse du peuple continua à
s’étendre, comme un écho, se perpétrant à une distance très éloignée, aux
environs et jusqu’aux portes de la ville, par une foule dense qui couvrait la
campagne, au son des cloches de toutes les églises et au bruit des salves de
l’artillerie des remparts. Dans cet élan d’allégresse sans aucune mesure, Sa
Majesté était accompagnée des troupes de sa Maison, qui étaient rangées dans
l’ordre suivant : un détachement des Mousquetaires et des Gendarmes de la
Garde marchait au-devant d’un carrosse du roi, dans lequel étaient les écuyers,
qui étaient précédés par le Vol du Cabinet. Dans le second carrosse étaient les
Grands Officiers de la Couronne ; ensuite paraissaient les Pages de la grande
et de la petite Écurie, qui marchaient devant le magnifique carrosse où était
Sa Majesté, accompagnée des Princes ses frères, et de Monsieur le Duc
d’Orléans, Monsieur le Duc de Chartres, de Monsieur le Prince de Condé. Le
Maréchal de Noailles et le Prince de Beauveau, capitaine des gardes à cheval,
se tenaient aux portières du carrosse. Le Maréchal le Prince de Soubise, commandant
des gendarmes de la garde, et Monsieur le Comte de la chaise, commandant des
Mousquetaires gris, à la hauteur de la petite roue, à droite. Le Marquis de la
Roche-Dumaine, commandant les chevaux légers, et Monsieur le Marquis de
Monboissier, commandant les mousquetaires noirs, à la hauteur de la petite
roue, à gauche, tous quatre à cheval, le carrosse était entouré de vingt-quatre
valets de pied.
Le laissez-passer que le Prince de Soubise m’avait auparavant établi en son château de Vigny m’a permis de parcourir sans encombre les rues et passer les barrages des gardes, afin de suivre au plus près l’avancée du cortège. Pendant les préparatifs, la ville de Reims n’a pas économisé dans l’accueil triomphal de Sa Majesté, dans son empressement d’embellir les rues et avenues de la ville par l’élévation de statues, par la démolition de la porte de Paris pour permettre une plus large ouverture, afin que le cortège puisse passer sans encombre.
ARRIVÉE DU ROI À L’ÉGLISE MÉTROPOLITAINE
Sa Majesté passa sous l’Arc de
Triomphe en traversant la grande rue du faubourg de Vesle, où étaient rangés en
haie les gardes jusqu’à la porte principale de l’église Métropolitaine, où Sa
Majesté étant arrivée, descendit de carrosse et fut reçue par Monsieur le
Cardinal de la Roche-Aymon, archevêque Duc de Reims, revêtu de ses habits
pontificaux, assistés des évêques suffragants, et accompagnés de son
coadjuteur. Ces prélats étaient en chape et en mitre, et les chanoines, les
chapelains, et tout le clergé de l’église, en chape.
Le roi se mit à genoux à la porte de l’église,
et après que l’archevêque lui eut présenté de l’eau bénite, Sa Majesté baisa le
livre des évangiles que portait un chanoine en habit de diacre ; l’archevêque
adressa au roi un discours rappelant qu’il est le successeur de saint Rémy et
qui l’accueille au sein des murs de l’église de son prédécesseur, que Sa
Majesté est l’héritier de Clovis ; l’archevêque rappela à Sa Majesté des
principes immuables.
Ensuite, le grand chantre entonna un répond et le clergé entra dans le chœur en ordre de procession. Le roi, marchant après les évêques, fut conduit au prie-Dieu dressé au milieu du chœur sous un dais. Après que l’on eut chanté une ancienne à la Vierge et que l’archevêque eut dit quelques oraisons, le Te Deum fut chanté par les musiciens de la Métropole au bruit de plusieurs salves d’artillerie de la ville. À cet instant, Monsieur le Maréchal de Duras, Premier Gentilhomme de la Chambre, remit entre les mains du roi, un ciboire d’or, riche présent que faisait Sa Majesté à l’église de Reims et qu’elle alla offrir à Dieu en le posant sur l’autel. Ce ciboire d’or, du poids de seize marcs, est une pièce d’orfèvrerie du meilleur goût, tant par la forme que par la distribution des ornements qui sont analogues au sujet. Après le Te Deum, l’archevêque donna sa bénédiction, et le roi se retira dans le palais archiépiscopal.
DISPOSITION ET DÉCORATION DE L’ÉGLISE DE REIMS
On avait construit pour le chemin du roi, une
galerie couverte depuis la grande salle de l’archevêché jusqu’à la place devant
la métropole de 306 pieds de long sur 18 pieds de large. Cette
galerie, qui était en pente douce, était décorée de vingt et une arcades de
chaque côté, peintes en marbre blanc, tant extérieurement qu’intérieurement,
portées sur un soubassement peint aussi en marbre. La partie extérieure était
couronnée d’un entablement dorique surmonté d’un socle. Les archivoltes de
l’intérieur de la galerie étaient ornées de trophées, et le plafond était
distribué en plates-bandes et panneaux, dans lesquels on avait ajusté de
grandes rosettes et différents ornements. Chaque arcade était fermée par une
balustrade faite en marbre.
Cette galerie venait se réunir dans
le retour sur la place à une colonnade d’ordre dorique, de 234 pieds de
longueur sur 21 pieds de large, qui embrassait toute la façade de l’église,
composée de 13 entrecolonnements et de deux avant-corps surmontés d’un
attique formant pavillon carré, et dont l’un était en face de la grande porte
de la métropole.
Entre chaque colonne était une
balustrade à hauteur du socle. Le plafond était divisé en plates-bandes et
panneaux décorés de rosettes et de rinceaux d’ornements. Dans la partie fermée
des entrecolonnes, qui se trouvait adossée à l’église et au mur de l’archevêché,
étaient pratiquées [1]de grandes tables sur
lesquelles on avait ajusté des trophées. Dans les plafonds en voussures des
deux pavillons étaient peints différents attributs analogues à la cérémonie.
L’extérieur de ces pavillons était orné de médaillons et de guirlandes qui les
liaient ensemble. Cette colonnade était couronnée d’un entablement qui portait
le caractère et tous les ornements de l’ordre dorique, et terminé par un socle,
qui régnait sur toute sa longueur. Toute cette décoration était peinte en
marbre blanc veiné.
Par cette galerie, le roi entrait
dans l’église, dont la nef jusqu’à l’entrée du chœur, était fermée le long des
piliers par des barrières à hauteur d’appui ; cet intérieur était garni de
chaque côté de quatre rangs de banquettes pour faciliter à une grande partie du
public les moyens de voir passer le roi avec tout son cortège.
Les piliers étaient revêtus des
tapisseries de la Couronne. À la voûte de l’église était suspendu un grand
nombre de lustres garnis de lumières.
La partie du chœur avait été
décorée avec magnificence. De dessus les stalles où étaient placés les chanoines,
s’élevait un soubassement en voussure qui servait de base à un ordre de
colonnes corinthiennes qui entouraient le chœur, le sanctuaire et le jubé. Ces
colonnes, qui étaient de brèche violette, dont les cannelures, les bases et les
chapiteaux étaient en or, étaient engagées d’un quart sur les angles des
tribunes et saillaient devant les piliers sur un arrière-corps de marbre blanc
veiné. Elles séparaient les tribunes qui, des deux côtés, s’étendaient du jubé
au sanctuaire. L’entablement de cet ordre, dont toutes les moulures, modillons
et rinceaux d’ornements qui enrichissaient la frise étaient taillés en or, et
étaient surmontés d’un socle de marbre blanc veiné. À plomb des colonnes
étaient des groupes d’enfants de marbre blanc portant des lumières. Toutes les
tribunes étaient garnies de gradins qui formaient un amphithéâtre et dont le
fond et les côtés étaient peints en marbre blanc veiné. Le devant de ces
tribunes était fermé par une balustrade de marbre blanc veiné de même que les
ornements des balustres.
Au milieu du plafond de chaque
tribune était suspendu un lustre qui portait douze lumières. Chaque
arrière-corps entre les colonnes était décoré de grandes figures en or qui
portaient des girandoles garnies de lumières. Le soubassement en voussure sur
lequel portait toute cette colonnade était en marbre blanc veiné, orné de forte
console à plomb, de colonnes et de guirlandes en or.
À l’entrée du chœur, on avait
construit un jubé auquel on montait par deux grands escaliers. C’est sur ce
jubé qu’était placé le trône du roi, au-dessus duquel était un dais entre
quatre colonnes, autour desquelles étaient retroussées des pentes de satin
violet parsemées de fleurs de lys d’or. Le fond du trône était percé à jour
pour laisser voir le roi au public dans la nef.
Les deux parties du jubé à droite
et à gauche étaient aussi percées à jour ; le soubassement, du côté de la nef,
était peint en marbre blanc veiné, enrichi de grande table ornée de fleurs de
lys en compartiments.
À droite et à gauche du trône
étaient placés les sièges des pairs laïcs et ecclésiastiques, et au pied du trône,
étaient ceux du Grand-Chambellan, du premier Gentilhomme de la chambre et du
Grand Maître de la garde-robe. En avant était celui du connétable, et devant le
connétable étaient ceux du Grand Maître et du Garde des Sceaux faisant la
fonction de Chancelier. Sur le côté droit du roi était un autel pour dire une messe
basse.
Le fond du chœur était terminé par
une partie circulaire décorée de colonnes, ainsi que les parties latérales, et
garni de gradins en amphithéâtre. Au-devant de cet amphithéâtre était un
orchestre pour contenir cent musiciens.
Dans la croisée du chœur étaient
deux vastes tribunes également décorées ; celle du côté de l’archevêché était
destinée à la Reine, Madame, Madame Clotilde, Madame Élisabeth, et les Dames
qui les accompagnaient. L’autre tribune vis-à-vis était destinée pour le nonce
du Pape et les ambassadeurs.
Derrière les stalles des chanoines
étaient des tribunes, garnies de gradins en amphithéâtre.
Tout le pourtour du chœur,
au-dessus de la décoration, était garni des plus belles tapisseries de la
Couronne, qui servaient de fonds aux groupes d’enfants de marbre portant des
lumières.
On avait pratiqué partout des escaliers commodes pour faciliter les entrées et les sorties des tribunes, et l’on n’avait rien laissé à désirer de ce qui pouvait contribuer à la circulation et à l’aisance du public. La galerie couverte du chemin du Roi, ainsi que les décorations de l’église, et autres préparatifs de cette auguste cérémonie, a été exécutée d’après les projets et les dessins de Messieurs Girault et Boquet, Inspecteurs généraux des menus plaisirs du Roi.
LA CÉRÉMONIE DE LA VEILLE DU SACRE
Le samedi 10 juin
après-midi, Sa Majesté, accompagnée des Princes ses frères, des Princes du
Sang, et suivie de toute sa cour, se rendit à l’église métropolitaine pour
assister aux premières vêpres du sacre. Elle fut reçue à la porte de l’église
par Monsieur l’archevêque en habits pontificaux, à la tête du chapitre, et
assisté des évêques de Soissons, de Laon, de Beauvais, de Châlons, de Noyon et
d’Amiens ses suffragants ; et alla se placer au milieu du chœur sur un
prie-Dieu qui était dressé sous un dais ; les Princes ses frères et les Princes
du Sang étaient à sa droite ; et à la gauche de Sa Majesté, étaient les
principaux officiers derrière son fauteuil. Monsieur l’évêque de Senlis,
premier aumônier du Roi, faisant les fonctions de Grand Aumônier, était à la droite
du prie-Dieu, et les cardinaux de Rochechouart et de Luynes à la gauche, en
rochet et en camail. Les archevêques d’Auch, de Rouen, d’Aix, de Cambrai, de
Bourges, de Narbonne, de Toulouse, de Besançon, de Tours, l’ancien évêque de
Limoges, et les évêques de Meaux, de Lodève, de Glandêve, de Luçon, de
Comminges, de Sisteron, de Rennes, d’Arras, de Montpellier, de Thagaste,
invités par le roi à la cérémonie de son sacre, furent placés près de l’autel,
à la droite ; et les places de l’autre côté étaient occupées par les Seigneurs
de la cour.
L’archevêque de Reims se plaça dans
la première haute stalle à droite et les évêques de Soissons, de Beauvais et de
Noyon, occupèrent les stalles suivantes. L’archevêque de Trajanopolis, coadjuteur
de Reims, se mit dans la première stalle du côté gauche, et ensuite se
placèrent les évêques de Châlons et d’Amiens. Les autres stalles furent
occupées par les chanoines tous en chape, et les basses stalles, par les
habitués de l’église.
Tous étant à leur place, l’archevêque
entonna les vêpres du jour qui furent prolongées par la musique du roi et par
celle de la métropole. Après les vêpres, il y eut un sermon sur la cérémonie du
sacre prononcé par l’archevêque d’Aix, qui, dans cette grande occasion, fit
encore admirer son éloquence, dont la simplicité et la majesté forment
l’heureux caractère.
Regnavit res et sapiens erit et
faciet iudicium et iustitiam in terra. Un roi sage montera sur le Trône, il
règnera dans la justice et dans l’équité.
La prédication étant finie, le roi
sortit de l’église avec les mêmes cérémonies observées lorsqu’il y était entré.
Sa Majesté, ayant été reconduite à l’archevêché, se disposa, par la confession,
à la sainte cérémonie du lendemain.
Le dimanche 11 juin, fête de la Trinité, jour du sacre et du couronnement du roi.
LEVER DU ROI
Toutes choses étant disposées pour
cette auguste cérémonie, les chanoines, tous en chape, entrèrent dans le chœur
vers les six heures du matin et se placèrent dans les hautes stalles, à
l’exception des quatre premières qu’ils laissèrent vides de chaque côté.
Les trois religieux de l’abbaye de
Saint-Denis, qui avaient, pour obéir aux ordres du roi, apporté, suivant
l’usage, à Reims, les ornements royaux dont ils sont les dépositaires, furent
placés à côté de l’autel pour être à porter lors du couronnement de Sa Majesté.
L’archevêque de Reims et tous les archevêques et évêques présents pour la
cérémonie du sacre commencèrent prime, en présence de tout le clergé, selon
l’usage habituel et établi de l’église Métropole. Les archevêques et évêques invités
furent placés sur des formes derrière les pairs ecclésiastiques. Après eux
étaient Monsieur l’abbé du Lau, nommé par le roi à l’archevêché d’Arles, […].
Les formes qui étaient au-dessous de celles des prélats, étaient occupées par
Messieurs de la gazière, Feydeau, […] et Turgot, ministre d’État et Contrôleur général,
tous conseillers d’État […] invités au sacre tous en robe de cérémonie. Les pairs
ecclésiastiques, en mitre et en chape de drap d’or, étant arrivés, furent
conduits par Monsieur le Marquis de Dreux, Grand Maître des Cérémonies, et se
placèrent sur un banc couvert d’un tapis de velours violet, semé de fleurs de
lys d’or, auprès de l’autel du côté de l’épître. Messieurs de Contades, de
Broglie, de Nicolay, Maréchaux de France, nommés par le Roi pour porter la couronne,
le sceptre et la Main de Justice, se placèrent sur un banc derrière celui des pairs
laïcs. […]
La Reine, Madame, Madame Clotilde,
Madame Élisabeth et les Dames qui les accompagnaient, furent conduites par la
grande salle du palais archiépiscopal, à une grande tribune élevée dans la
croisée du chœur au côté droit de l’autel.
Le nonce du pape et les ambassadeurs
de l’Empire, d’Espagne, de Naples, de Sardaigne, de Portugal, de Suède, de
Venise, de Hollande et de Malte, furent pareillement conduits à leur tribune à
gauche de l’autel, par Messieurs de la Live de la Briche et Tolozan, introducteurs,
qui se placèrent auprès d’eux sur la même ligne. Le reste de la tribune fut
occupée par les ministres et envoyés des différentes cours, et par les Princes
et Seigneurs étrangers. […]
Vers les sept heures, les pairs laïcs
sortirent du Palais Archiépiscopal et arrivèrent à l’Église, où ils furent
reçus par Monsieur le Marquis de Dreux, Grand Maître des Cérémonies, qui les
conduisit à l’autel, où ils firent les révérences qui sont d’usage. Ils
allèrent ensuite se placer sur la forme qui leur était destinée du côté de l’évangile[2],
couverte de même que celle des pairs ecclésiastiques.
Les pairs laïcs étaient vêtus d’une
veste d’étoffe d’or. Ils avaient une ceinture d’or, et par-dessus leur longue
veste, un manteau ducal de drap violet, doublé et bordé d’hermine, ouvert sur
l’épaule droite. L’épitoge ou le collet rond était aussi bordé d’hermine. Ils
avaient tous une couronne d’or sur un bonnet de satin violet.
MONSIEUR, Frère du Roi,
représentait le Duc de Bourgogne. Son siège avait un marchepied plus haut que
celui des autres paires. Monseigneur le COMTE D’ARTOIS représentait le Duc de
Normandie ; monseigneur le Duc d’Orléans, le Duc d’Aquitaine ; monseigneur
le Duc de Chartres, le Comte de Toulouse ; monseigneur le Prince de Condé, le
Comte de Flandre ; monseigneur le Prince de Bourbon, le Comte de champagne.
Les trois pairs qui représentaient
les Ducs, avaient des couronnes ducales, et les trois autres pairs qui
représentaient, les Comtes, portaient des couronnes de Comte. Ils portaient sur
leurs manteaux les colliers de leurs Ordres.
Un moment après que les pairs laïcs
eurent pris leurs places, ils s’approchaient, ainsi que les pairs ecclésiastiques,
de l’archevêque de Reims, et convinrent, suivant l’usage très ancien, de
députer l’évêque Duc de Laon et l’évêque Comte de Beauvais pour aller chercher
le Roi.
Ces deux prélats, ayant auprès
d’eux deux enfants de chœur en chape, portant chacun un chandelier avec un
cierge allumé, et un troisième, revêtu de même, portant le bénitier, se mirent
en marche, précédés du Grand Maître des Cérémonies. Tous les chanoines, en chape,
marchaient devant en ordre de procession. La musique occupait le milieu des
deux files qui étaient terminées par le chantre et le sous-chantre. Ils
passèrent par la galerie couverte, et étant arrivés à la Chambre du Roi qu’ils
trouvèrent fermée, le chantre y frappa de son bâton. Monsieur le Duc de
Bouillon, grand chambellan, sans ouvrir la porte, dit : « que
demandez-vous ? » L’évêque de Laon répondit : « le Roi ». Le grand
chambellan répartit : « le Roi dort. » Le chantre ayant frappé, et l’évêque
demandé une seconde fois « le Roi », le grand chambellan fit la même réponse.
Mais à la troisième fois, le chantre ayant frappé et le grand chambellan ayant
répondu de même, l’évêque de Laon dit : « nous demandons Louis XVI
que Dieu nous a donné pour Roi ». Aussitôt les portes de la Chambre
s’ouvrirent, et le Grand Maître des Cérémonies conduisit les évêques de Laon et
de Beauvais auprès de Sa Majesté, qu’ils saluèrent profondément. Ils étaient
précédés du chantre, du sous-chantre et de l’enfant de chœur portant le
bénitier.
Le Roi était couché sur un lit de
parade. Il était vêtu d’une longue camisole cramoisie, garnie de galons d’or et
ouverte, ainsi que la chemise, aux endroits où Sa Majesté devait recevoir les
onctions. Par-dessus cette camisole, le Roi avait une longue robe d’étoffe
d’argent, et sur sa tête une toque de velours noir, garnie d’un cordon de
diamants, d’une plume de héron fine et d’une double aigrette blanche.
L’évêque de Laon présenta de l’eau bénite à Sa Majesté, et récita une oraison. Ensuite les deux évêques soulevèrent le Roi de dessus son lit, et le conduisirent processionnellement à l’église dans l’ordre qui suit, en chantant un répons.
ORDRE DE LA MARCHE DU ROI À L’ÉGLISE
Les gardes de la prévôté de
l’Hôtel, ayant à leur tête Monsieur le Marquis de Sourches commencèrent la
marche et précédèrent le clergé qui accompagnait les évêques. Après le clergé,
marchaient les Cent-Suisses de la garde dans leurs habits de cérémonie et
commandée par Monsieur le Duc de Cossé, (faisant fonction de capitaine pour
Monsieur le Marquis de Courtenvaux, leur capitaine, absent par maladie) habillé
de drap d’argent avec un baudrier de pareille étoffe et brodé, un manteau noir
doublé de drap d’argent et garni de dentelles, ainsi que les chausses
retroussées et une toque de velours noir garnie d’un bouquet de plumes.
Monsieur de Voltaire de Neufbourg et Monsieur de Salis de Samade,
Lieutenant des Cent-Suisses, vêtus d’un pourpoint et d’un manteau de drap d’argent
et d’une toque de pareille étoffe ; les autres officiers, vêtus d’habits de
moire d’argent et de satin blanc.
Les Hautbois, les Tambours et les
Trompettes de la Chambre venaient après. Ils étaient suivis du Sieur Bronod de
La Haye, Chevalier, Roi d’Armes de France, du titre « de Montjoie
Saint-Denis » ; et de Sieur de Sauzea, premier Hérault d’Armes, du titre « de
Bourgogne » ; de Vauxelles, du titre « de Normandie » ; de Wilmain d’Abancourt,
du titre « d’Angoulême » ; le Febvre des Cormiers, du titre « de Saintonge » ;
et de Jourdier, du titre « de Dauphiné », tous en habit de velours blanc, les
chausses retroussées, garnies de rubans et leur toque de velours blanc. Ils
avaient par-dessus leurs pourpoints, la cotte d’armes de velours violet, chargé
des Armes de France en broderie et le caducée à la main.
Monsieur le Marquis de Dreux, Grand
Maître des Cérémonies, et Monsieur de Nantouillet, Maître des Cérémonies,
marchaient ensuite. Ils étaient vêtus de pourpoints d’étoffe d’argent, de
chausses retroussées de velours noir, garnies de dentelles d’argent, avec une
toque de velours noir chargée de plumes blanches. Ils précédaient les Maréchaux
de Mouchy, du Muy, le Comte du Châtelet et le Marquis de Poyanne, Chevalier de
l’Ordre du Saint-Esprit, destinés à porter les offrandes, et vêtus du grand
manteau de l’Ordre ; suivis de Messieurs de Valory, de Châteaubourg, de
Montbrun, de Saint-Georges, de Cherray et de Guemy, pages de la Chambre du Roi,
vêtus de pourpoints en étoffe d’or, brodés sur toutes les tailles, d’une
broderie à ramages cramoisis et argent avec basques et crevasses de gros de
Naples bleu de Roi, nœuds d’épaules brodés en or, et une rhingrave retroussée
de gros de Naples bleu, avec bandes de velours cramoisi brodé en or et orné de
réseaux d’or et bouffettes bleues et or au bas, un manteau et capot de velours
cramoisi ornés de réseaux d’or à revers en gros de Naples gros bleu brodé en or
et argent, bas blanc, toque de velours noir avec plume de héron noir, souliers
d’étoffe d’argent et gant blanc avec des franges d’or.
Le Maréchal de Clermont-Tonnerre,
représentant le connétable, vêtu comme les pairs laïcs, avec la couronne de comte,
marchait après. Il avait à ses côtés les Sieurs Pallas et de la Chauverie, huissier
de quartier de la Chambre du Roi, portant leurs masses. Ils étaient habillés
d’un pourpoint de satin blanc, les manches tailladées à plusieurs étages et la
chemise bouffante par les ouvertures, ayant les hauts-de-chausses aussi de satin
blanc, retroussés avec le manteau de pareille étoffe, doublé de même, les bas
de foie gris de perle et les souliers de velours blanc.
Le Roi paraissait ensuite, ayant à
sa droite l’évêque de Laon et à sa gauche l’évêque de Beauvais. Monsieur le
Prince de Lambesc, Grand Écuyer de France, qui portait la queue du manteau royal,
marchait derrière le connétable ; et derrière Sa Majesté, étaient, à droite,
Monsieur le Maréchal de Noailles, capitaine des gardes du corps, commandant des
gardes écossais ; et à gauche, Monsieur le Prince de Beauvau, capitaine des gardes
de quartier ; ils étaient vêtus d’habits à manteau magnifiques. Le Roi était
environné de six gardes écossais ou de la Manche, vêtu de satin blanc, et ayant
leurs cottes d’armes en broderie par-dessus leurs habits et la pertuisane à la
main.
Monsieur de Miroménil, Garde
des Sceaux, représentant le Chancelier, marchait après le Roi. Il était vêtu
d’une soutane de satin cramoisi, d’un grand manteau d’écarlate par-dessus, avec
l’épitoge retroussée et fourrée d’hermine, et avait sur la tête le mortier de
Chancelier de drap d’or bordé d’hermine. Le Prince de Soubise, notre ami,
faisant les fonctions de Grand Maître de la Maison du Roi, portant son bâton à
la main, venait ensuite, ayant à sa droite, sur la même ligne, Monsieur le Duc
de Bouillon, grand chambellan de France, et à sa gauche, Monsieur le Maréchal
de Duras, Premier Gentilhomme de la Chambre, et Monsieur le Duc de Liancourt,
Grand Maître de la Garde-robe. Ils étaient tous quatre vêtus comme les pairs laïcs
et avaient la couronne de Comte sur la tête.
Cette marche pompeuse était fermée par les gardes du corps, ayant à leur tête Monsieur le Marquis de Pujolle, Lieutenant, Monsieur le Comte de Mun, Enseigne, Monsieur le Commandeur d’Avrincourt, tous trois de la Compagnie de Noailles.
ARRIVÉE DU ROI À L’ÉGLISE
Le Roi ayant passé par la grande
galerie, les gardes de la Prévôté de l’Hôtel restèrent à la porte de l’église.
Les Cent-Suisses formèrent une double haie entre les barrières, par lesquelles
on traversait la nef. Les Tambours, les Hautbois et les Trompettes se placèrent
entre les deux escaliers qui montaient au jubé.
Sa Majesté étant arrivée à l’église,
le clergé s’arrêta à l’entrée de la nef, où l’évêque de Beauvais dit une oraison,
après laquelle le chantre entonna le Psaume 20, que continuèrent les
Musiciens en faux-bourdon. Ce fut dans ce temps que le Roi, précédé du clergé,
entra dans le chœur, accompagné des évêques de Laon et de Beauvais, et alla se
mettre à genoux au pied de l’autel. Aussitôt l’archevêque de Reims se leva de
son siège et dit une oraison. Ensuite, Sa Majesté fut conduite par les mêmes évêques
au fauteuil qui était sous le dais au milieu du chœur.
Les deux capitaines des gardes
prirent leurs places à la droite et à la gauche du fauteuil du Roi. Le capitaine
des Cent-Suisses, qui avait suivi le Roi dans le chœur, prit la sienne au côté
droit de l’estrade sur laquelle était Sa Majesté. Les six gardes écossais se
placèrent plus bas aux deux côtés du chœur, et les Lieutenants, Exempt et
Enseigne de la Compagnie des gardes écossais, restèrent auprès de la porte du
chœur pour y donner les ordres nécessaires. Ils étaient vêtus de pourpoints et
manteaux de drap d’argent et de velours blancs, et de toques chargées de plumes
blanches, avec des baudriers de drap d’argent.
Le connétable, ayant à ses côtés
les deux huissiers de la Chambre portant leurs masses, se plaça sur le siège
qui lui était destiné derrière le Roi et à quelque distance.
Le Chancelier de France prit place derrière
le connétable, et à trois pieds de distance.
Le Grand Maître de la Maison du
Roi, ayant son bâton de commandement à la main, se plaça sur un banc qui était
derrière le Chancelier, et sur lequel le grand chambellan de France se mit à la
droite ; le premier Gentilhomme de la Chambre et le Grand Maître de la
Garde-robe à la gauche. Le Grand Écuyer de France demeurera auprès et à la
droite du Roi, et les quatre Chevaliers de l’Ordre du Saint-Esprit, nommés pour
porter les offrandes, allèrent se placer dans les quatre premières hautes
stalles du chœur du côté de l’épître.
Chacun ayant pris sa place, l’archevêque présenta de l’eau bénite au Roi et aux personnes qui avaient leurs séances dans cette auguste cérémonie. On chanta ensuite le Veni Creator, après lequel les chanoines commencèrent tierce. Cet office étant fini, la Sainte Ampoule arriva à la porte de l’église.
ARRIVÉE DE LA SAINTE-AMPOULE
Verse les six heures et demie du
matin, arrivèrent dans l’église de l’abbaye et archimonastère de Saint-Rémi,
Messieurs le Vicomte de La Rochefoucauld, le Comte de Talleyrand, le Marquis de
Rochechouart et le Comte de la Roche-Aymon, envoyé par le Roi pour otage de la
Sainte-Ampoule et la faire apporter dans l’église métropolitaine. Ils étaient
vêtus uniformément d’habits, vestes, culottes et manteaux de brocart d’or
légèrement rayé en noir, le chapeau noir garni de plumes noires, le bord
retourné en devant, les bas blancs à fleurs brodées en or, les souliers noirs
ornés de rosettes de couleur de feu avec réseaux d’or. Ces quatre otages
étaient précédés de Monsieur de Watronville, aide des Cérémonies, en habit de
cérémonie, et suivis d’écuyers, Chevalier de l’Ordre royal et militaire de
Saint-Louis, vêtu d’habits uniformes écarlates, galonnés en or, portant chacun
un guidon de taffetas blanc, chargé des Armes de France et de Navarre d’un
côté, et de l’autre de celles des Maisons des Seigneurs otages.
Le rang que ces Seigneurs otages
devaient tenir entre eux, avait été réglé par le sort au bas des degrés du
grand autel. Le premier tomba à messire Antoine Louis François, comte de la
Roche-Aymon ; le second à messire Jean Louis, Roger Marquis de Rochechouart ;
le troisième à messire Jean François, Vicomte de La Rochefoucauld ; et le
quatrième à messire Charles Daniel, Comte de Talleyrand.
Ensuite, ces otages prêtèrent
serment sur le livre des évangiles et jurèrent entre les mains du Grand Prieur,
en présence des officiers du Bailliage de Saint-Rémi, qu’il ne serait fait
aucun tort à la Sainte-Ampoule, pour la conservation de laquelle ils
exposeraient leur vie ; et en même temps, ils se constituèrent envers l’abbaye
ès mains du Grand Prieur et du Bailli de Saint-Rémi, en présence du
Procureur-Fiscal, pleiges, cautions solidaires, et déclarèrent qu’ils
demeureraient en otage dans l’abbaye jusqu’au retour de la Sainte-Ampoule.
Après le serment prêté par eux, ils requirent néanmoins le Grand Prieur et le
Bailli, qu’il leur fut permis d’accompagner la Sainte-Ampoule pour plus grande
sûreté et conservation d’icelle sous le même cautionnement ; ce qui leur fut
accordé par le Grand Prieur, les Religieux et le Bailli, sur le consentement du
Procureur-Fiscal.
Vers les sept heures du matin, la
Procession se mit en marche dans cet ordre. Les Pères Minimes en aubes,
précédés de leur croix. Après eux, les Révérends Pères Bénédictins, aussi en
aubes, précéder de leur croix, les chantres tenant le chœur en chape, le bâton
cantoral à la main. Au milieu était Monsieur de Watronville, Aide des
Cérémonies, à cheval, précédé d’un Aide-Major des gardes-françaises, aussi à
cheval.
Devant le dais, du côté droit,
Monsieur le Comte de la Roche-Aymon, précédé de Monsieur de Soret, Chevalier de
Saint-Louis, portant son guidon, et du côté gauche, Monsieur le Marquis de
Rochechouart, précédé de Monsieur Simonnot de Grand-Pré, Chevalier de
Saint-Louis, portant son guidon, tous quatre à cheval. Ensuite paraissait le
dais porté, savoir, le bâton de devant à gauche, par Charles Jean-Baptiste
Alexandre Deslaires, Chevalier, Seigneur de Gernicourt, ancien capitaine du au régiment
de Touraine, Chevalier de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis, Baron de
Souastre ; celui à droite, par Maître Jean-Baptiste Pita, Avocat en Parlement,
Bailli de Saint-Rémi, ayant en cette qualité le droit de remplacer Louis
Alexandre, Comte d’Auger, Lieutenant-Général des Armées du Roi, Commandeur de
l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis, Baron de Neuvizy, absent ; celui de
derrière à gauche, par Pierre Alexandre, Comte d’Auger, Mestre de Camp de
Cavalerie, Sous-Lieutenant des Gendarmes d’Orléans, Chevalier de l’Ordre royal
et Militaire de Saint-Louis, Baron de Bellestre ; et celui à droite, par Jean
Charles Godefroy de Romance, Chevalier, Baron de Terrier, Lieutenant au
Régiment de Guyenne. Tous Chevaliers, Barons de la Sainte-Ampoule, à cause de leurs
Seigneuries de Terrier, Bellestre, Neuvizy et Souastre, mouvantes et relevantes
en plein fief de l’abbaye de Saint-Rémi. Ces quatre chevaliers étaient vêtus de
leur habit de chevalerie, qui consiste en un pourpoint et chausses retroussées
de satin blanc, un manteau de satin noir doublé de satin blanc, la croix de chevalier
de la Sainte-Ampoule, brodée en or et argent, sur le côté gauche du pourpoint
et du manteau, un chapeau couvert de satin blanc, garni d’un bouquet de plumes
noires à deux rangs, les bas et les souliers blancs, avec des jarretières et
des rosettes de ruban noir. Ils étaient encore décorés d’une écharpe de velours
blanc, bordée d’une frange d’argent, dont Sa Majesté les avait honorés et
gratifiés. Ils portaient aussi la Croix d’or de la Chevalerie, suspendue à un
large ruban de soie noire moirée, que le Grand Prieur leur avait passé au cou
avant l’arrivée des Seigneurs otages. Le bailli de Saint-Rémi portait l’écharpe
sur sa robe de Palais et la croix de Chevalerie.
Le dais était de moire d’argent,
bordé de franges d’argent. Il avait été envoyé à l’abbaye par ordre de Sa
Majesté.
Sous le dais était le Grand Prieur,
monté sur une haquenée blanche, couverte d’une housse de moire d’argent relevée
en broderie très riche et bordée d’une frange d’argent. Cette haquenée, ainsi
harnachée, avait été envoyée de l’abbaye par ordre du Roi le matin, et conduite
par deux valets de pied, qui en tinrent les rênes tant en allant qu’en
revenant.
Derrière le dais, étaient les
Seigneurs otages, savoir, à droite, le Vicomte de La Rochefoucauld, précédé de
Monsieur de Jusson, Chevalier de Saint-Louis, portant son guidon ; et à gauche,
le Comte de Talleyrand, précédé de Monsieur Martinot, Chevalier de Saint-Louis,
portant son guidon, tous quatre à cheval.
Le Procureur-Fiscal et le Greffier
du Bailliage de l’abbaye, précédés des Huissiers de la Juridiction, marchaient
ensuite avec les habitants du Chêne le Populeux, au nombre d’environ cinquante,
qui formaient deux lignes au côté du dais, tous en uniforme vert, vestes et
culottes blanches, ayant à leur chapeau une cocarde blanche, surmontée d’une
petite branche de feuilles de chêne ; ils portaient des fusils armés de
baïonnettes. Leurs officiers étaient à leur tête, les tambours battants et le
drapeau déployé. Ensuite du côté droit, sur une ligne parallèle, qui régnait le
long de la procession, était une compagnie de Grenadiers des gardes-françaises,
la baïonnette au bout du fusil, les officiers à la tête, tambour battant ; et à
gauche, une Compagnie de Grenadiers des gardes suisses dans le même ordre.
La procession étant disposée de
cette manière se mit en marche par la rue de Saint-Julien, les rues de la
Halle, du Cerf, la rue Neuve, la rue du Bourg-Saint-Denis et celle de
Sainte-Catherine, toutes tapissées. Lorsqu’elle fut arrivée au-devant du
portail de l’église métropolitaine, le Grand Prieur, les quatre Seigneurs otages,
leurs écuyers, et Monsieur de Watronville, Aide des Cérémonies,
descendirent de cheval. Le dais resta sous la galerie. Les Religieux
Bénédictins, les Minimes, et ceux qui composaient le clergé se retirèrent dans
la chapelle de Saint-Nicolas de l’Hôtel-Dieu, pour y attendre le retour de la
Sainte-Ampoule. Les officiers du Bailliage de l’abbaye s’y rendirent quelques
instants après. Ensuite le Grand Prieur, le Trésorier de Saint-Rémi, les quatre
Seigneurs otages, leurs écuyers, leurs trois chevaliers Baron, et le bailli
représentant le quatrième Baron, entrèrent dans l’église, où, près de la porte
du chœur, arriva l’archevêque, précédé de sa croix, accompagné de son
Coadjuteur, en chape et en mitre, et assisté des évêques de Soissons et
d’Amiens en habit diacre et sous-diacre, pour recevoir la Sainte-Ampoule. Le
Grand Prieur, en la lui remettant entre les mains, lui dit :
« Monseigneur, je remets entre vos mains ce précieux trésor envoyé du ciel au
Grand Saint-Rémi pour le sacre de Clovis et des Rois ses successeurs ; mais,
avant, je vous supplie, selon l’ancienne coutume, de vous obliger à me la
rendre après que le sacre de notre roi Louis XVI sera fait ». À quoi l’archevêque
lui répondit : « je reçois avec respect cette Sainte-Ampoule, et vous
promets, foi de prélat, de la remettre entre vos mains, la cérémonie du sacre
achevée ».
À l’instant l’archevêque rentra
dans le chœur avec ses assistants, et suivi du Grand Prieur, du Trésorier de l’abbaye,
des Seigneurs otages, de leurs Écuyers, des Chevaliers Barons de la
Sainte-Ampoule, et du Bailli. Les quatre otages occupèrent les quatre premières
stalles hautes du côté de l’Évangile, et leurs écuyers ayant leur guidon en
main, les quatre stalles basses devant eux. Le Grand Prieur en chape se plaça
sur les degrés de l’autel du côté de l’épître ; et, près de lui était le
Trésorier, en aube. Les trois chevaliers Barons et le Bailli se placèrent du
même côté sur des banquettes près des piliers du chœur.
PROMESSES ET SERMENTS DU ROI
Lorsque l’archevêque eut posé la Sainte-Ampoule
sur l’autel, et que l’on eût chanté une antienne en son honneur, les chanoines
commencèrent sexte. L’archevêque, pendant ce temps-là, alla derrière le grand autel
se revêtir des ornements pour célébrer la messe. Il en revint précédé de douze chanoines,
procédant et assistant, dont six diacres qui étaient vêtus de dalmatiques, et
les six sous-diacres, de tunique. L’archevêque était encore précédé de sa
crosse, et de deux chanoines en chape.
Les chanoines procédant et
assistant prirent place sur des bancs derrière les quatre évêques qui devaient
chanter les litanies.
L’archevêque, après avoir fait la
révérence à l’autel et au Roi, alla s’asseoir sur son fauteuil devant l’autel ;
et puis, assisté des évêques de Laon et de Beauvais, s’approcha de Sa Majesté,
et lui fit la requête suivante, pour toutes les églises de France : « Nous
vous demandons de conserver les privilèges canoniques, les droits et la
juridiction, dont chacun de nous, et les Églises qui nous sont confiées sommes
en possession, et de vous charger de notre défense, comme un Roi le doit dans
son royaume à chaque évêque, et à l’Église qui est commise à ses soins ». Alors
le Roi, sans se lever de son fauteuil, et la tête couverte, répondit
ainsi : « Je promets de conserver à chacun de vous, et aux Églises qui
vous sont confiées, les privilèges canoniques, les droits et la juridiction
dont vous jouissez, et de vous protéger et défendre, autant que je le pourrai,
avec le secours de Dieu, comme il est du devoir d’un Roi dans son royaume de
protéger chaque évêque et l’Église qui est commise à ses soins ».
Dès que le Roi eut fait cette
promesse, les évêques de Laon et de Beauvais soulevèrent Sa Majesté de dessus
son fauteuil, et lorsqu’Elle fut debout, ils demandèrent, suivant l’ancienne
formalité, aux Seigneurs assistants et au peuple, s’ils acceptaient
Louis XVI pour leur Roi. Le consentement de l’assemblée ayant été reçu par
un respectueux silence, l’archevêque demanda au Roi le serment du royaume. Sa Majesté,
étant assise et la tête couverte, le prononça tout haut en latin, et tenant les
mains sur le livre des évangiles : « Je promets au nom de Jésus-Christ, au
peuple chrétien qui m’est soumis ; premièrement. De faire conserver en tout
temps, à l’Église de Dieu, la paix par le peuple chrétien ; deuxièmement.
D’empêcher les personnes de tout rang de commettre des rapides et des iniquités
de quelque nature qu’elles soient ; troisièmement. De faire observer la justice
et la miséricorde dans tous les jugements, afin que Dieu, qui est la source de
la clémence et de la miséricorde, daigne la répandre sur moi et sur vous
aussi ; quatrièmement. De m’appliquer sincèrement, et de tout mon pouvoir, à
exterminer, de toutes les terres soumises à ma domination, les hérétiques
nommément condamnées par l’Église. Je confirme par serment toutes les choses
énoncées ci-dessus : Qu’ainsi Dieu et ses saints Évangiles me soient en
aide ».
Après ce serment, le Roi prononça
celui de Chef et Souverain Grand-Maître de l’Ordre du Saint-Esprit, qui est
conçu en ces termes : « Nous LOUIS, par la grâce de Dieu, Roi de France et
de Navarre, jurons et vouons solennellement en vos mains, à Dieu le créateur,
de vivre et mourir en sa sainte foi et religion catholique, apostolique et romaine,
comme à un bon Roi Très-Chrétien appartient, et plutôt mourir que d’y faillir ;
de maintenir à jamais l’Ordre du Saint-Esprit, fondé et institué par le Roi
Henri III, sans jamais le laisser déchoir, amoindrir ni diminuer, tant
qu’il sera en notre pouvoir ; observer les statuts et ordonnances dudit Ordre
entièrement, selon leur forme et teneur, et les faire exactement observer par
tous ceux qui sont et se feront après reçus audit ordre, et par exprès ne
contrevenir jamais, ni dispenser, ou essayer de changer ou innover les statuts
irrévocables ».
Ces statuts portent que la grande
maîtrise de l’ordre sera unie à perpétuité à la couronne de France ; que l’on
conservera toujours le même nombre déterminé de cardinaux, prélats, commandeurs
et officiers ; qu’il ne sera jamais permis de transférer la provision des
commandes, en tout ou partie, à aucune autre ; que les commandeurs et officiers
reçus ne seront point dispensés, autant que cela sera possible, de communier
les jours ordonnés ; que l’on n’admettra au nombre des commandeurs et officiers,
que des Gentilshommes de trois quartiers paternels ; et que tous les Chevaliers
ou commandeurs seront tenus de porter toujours la croix aux habits ordinaires,
et à l’habit de l’ordre au jour désigné.
Le Roi prêta ensuite serment de
Chef et Souverain Grand-Maître de l’Ordre militaire de Saint-Louis, en ces
termes : « Nous jurons solennellement, en vos mains, à Dieu le créateur,
de maintenir à jamais l’Ordre militaire de Saint-Louis, fondé institués par
Louis XIV, de glorieuses mémoires, notre très-honoré Seigneur, et par nous
confirmer, sans jamais le laisser déchoir, amoindrir, ni diminuer, tant qu’il
sera en notre pouvoir ; observer et faire et observer les statuts et ordonnances
dudit Ordre, savoir : le statut d’union de la grande maîtrise de la
Couronne de France ; celui par lequel il est dit que tous Grands-Croix, commandeurs,
Chevaliers et Officiers, ne pourront être autres que Catholiques, Apostoliques
et Romains ; et de n’employer ailleurs les deniers affectés aux revenus,
entretènement et pensions desdits Grands-Croix, commandeurs, Chevaliers et
Officiers, pour quelques causes et occasions que ce soit ; et de porter la
croix d’or pendante à un ruban de soie couleur de feu : ainsi le jurons et
le promettons sur la sainte vraie croix et les saints Évangiles touchés ».
Enfin, le Roi prêta le serment de
l’observation des Édits contre les duels, et le prononça en ces termes :
« Nous, en conséquence des Édits des Rois nos prédécesseurs, registrés en notre
Cour de Parlement contre les duels, voulant suivre surtout l’exemple de
Louis XIV, de glorieuses mémoires, qui jurera solennellement, au jour de
son sacre et couronnement, l’exécution de sa déclaration donnée dans le
Lit-de-Justice qu’il tint le 7 septembre 1651.
À cette fin nous jurons et promettons en foi et parole de Roi, de n’exempter à l’avenir aucune personne, pour quelque cause et considération que ce soit, de la rigueur des Édits rendus par Louis XIV en 1651, 1669 et 1679 ; qu’il ne sera par Nous accordé aucune grâce et abolition à ceux qui se trouveront prévenus desdits crimes de duels ou rencontre prémédités ; que nous n’aurons aucun égard aux sollicitations de quelque Prince ou Seigneur qui intercède pour les coupables desdits crimes ; protestant que, ni en faveur d’aucun mariage de Prince ou Princesse de notre sang, ni pour les naissances de Dauphin et Princes qui pourront arriver durant notre règne, ni pour quelque autre considération générale et particulière que ce puisse être, nous ne permettrons, sciemment, être expédiées aucune lettre contraire aux susdites Déclarations ou Édits, afin de garder une foi si chrétienne, si juste et si nécessaire : ainsi, Dieu me soit en aide et ses saints Évangiles ».
CONSÉCRATION DU ROI
Dans le temps que le roi faisait
les serments, les habits et ornements royaux dont Sa Majesté devait être parée
à son sacre, furent mis sur l’autel, savoir : la grande couronne de
Charlemagne, et deux autres, dont une enrichie de pierres précieuses, et
l’autre d’or, l’Épée, le Sceptre, la Main de Justice, les Éperons, et le Livre
des cérémonies ; une camisole de satin rouge, garnie d’or, une tunique et une
dalmatique, qui représentent les ornements de diacres et de sous-diacre, des
bottines, un manteau royal de velours violet, semé de fleurs de lys d’or,
doublé d’hermine.
L’archevêque retourna à l’autel, au
pied duquel le Roi fut conduit par les évêques de Laon et de Beauvais ; et là,
étant debout, le premier Gentilhomme de la Chambre lui, ôta la robe longue de
toile d’argent, qu’il remit entre les mains du sieur de Livry, Premier
Valet-de-Chambre. Le Grand Maître de la Garde-robe, ayant reçu la toque des
mains de Sa Majesté, la remit au sieur Gentil, Premier Valet-de-Chambre de la
Garde-robe. Le Roi resta debout, la tête découverte, et vêtue seulement de sa
camisole de satin.
L’archevêque ayant fait des prières
pour Sa Majesté, on apporta le fauteuil du Roi devant celui de l’archevêque, et
Sa Majesté s’y étant assise, le grand chambellan, lui chaussa les bottines de
velours, ou les sandales. Monsieur, qui représentait le Duc de Bourgogne,
premier pair, lui mit les éperons d’or et les lui ôta tout de suite. L’archevêque
bénit en même temps l’épée de Charlemagne, qui était dans le fourreau, la
ceignit au Roi par-dessus sa camisole, la lui ôta aussitôt, et puis, l’ayant
tirée du fourreau, fit une prière. Après cette prière, l’archevêque remit
l’épée toute nue entre les mains de Sa Majesté, et le chœur chanta une antienne.
À l’instant que le roi tenait l’épée la pointe levée, l’archevêque dit une oraison.
Ensuite le Roi baisa l’épée et l’offrit à Dieu en la remettant sur l’autel. L’archevêque
la reprit et la rendit au Roi. Sa Majesté, l’ayant reçue à genoux, la remit
entre les mains du Maréchal de Clermont-Tonnerre, qui faisait les fonctions de connétable,
et qui la tint haute, la pointe levée, pendant toutes les cérémonies du sacre,
du couronnement, et du festin royal.
Ces prières étant finies, l’archevêque
se retourna du côté de l’autel, sur le milieu duquel il plaça la patène d’or du
calice de Saint-Rémi. Alors le Grand Prieur de cette abbaye ouvrit le
reliquaire qui renfermait la Sainte-Ampoule, la prit et la donna à l’archevêque,
qui en tira, avec une aiguille d’or que lui présenta le Grand Prieur, un peu du
baume quelle contient qu’il mit sur la patène. Puis ayant rendu la
Sainte-Ampoule au Grand Prieur, qui la replaça dans le reliquaire, il prit avec
la même aiguille d’or, du Saint Chrême, et le mêla avec cette huile précieuse.
Pendant cette cérémonie, le chœur
chanta un répons et un verset. L’archevêque, tourné vers l’autel et sans mitre,
dit ensuite le verset et l’oraison de Saint-Rémi. Alors le Roi se prosterna sur
un long carreau de velours violet semé de fleurs de lys d’or. En même temps l’archevêque
de Reims se prosterna à sa droite, et les évêques de Laon et de Beauvais se
tinrent debout aux deux côtés de Sa Majesté. Aussitôt l’ancien évêque de
Limoges et les évêques de Meaux, d’Arras et de Montpellier, chantèrent les litanies,
auxquelles le chœur répondit. Dès que les litanies furent achevées, les quatre évêques
étant toujours à genoux, et l’archevêque, debout, sans mitre, tourné vers le
Roi qui était toujours prosterné, récita plusieurs oraisons. Après ces prières,
l’archevêque, assis sur son fauteuil, le dos tourné vers l’autel et avec sa
mitre, dit plusieurs prières sur le Roi, qui s’était mis à genoux devant lui.
L’archevêque de Reims, demeurant
toujours assis avec sa mitre, récita une sixième oraison d’une voix plus élevée.
Lorsqu’elle fut finie, le Roi restant toujours à genoux, l’archevêque assis, et
tenant d’une main la patène d’or du calice de Saint-Rémi, sur laquelle était
l’onction sacrée, en prit avec le pouce droit, et commença d’oindre le Roi de
la manière suivante :
Premièrement, sur le sommet de la
tête, en faisant le signe de la croix et disant ces paroles : ungo te
in regem de oleo Sandificato, in nomine Patris +, et Filii +, et Spiri+tus
Sancti. (« Je vous sacre Roi avec cette huile sanctifiée, au nom du Père +,
et du Fils +, et du Sain+t-Esprit »). Il répéta les mêmes signes de croix aux
six onctions qui suivirent, et tous les assistants répondaient à la fin de
chacune Amen. Deuxièmement, sur l’estomac ; les évêques de Laon et de Beauvais
ouvrant les ouvertures faites à la chemise, à la camisole du Roi, et à chacun
des endroits où devait se mettre la sainte onction. Troisièmement, entre les
deux épaules. Quatrièmement, sur l’épaule droite. Cinquièmement, sur l’épaule
gauche. Sixièmement, aux plis et aux jointures du bras droit. Septièmement, aux
plis et aux jointures du bras gauche.
Les sept onctions et les oraisons
finies, l’archevêque de Reims, aidé des évêques de Laon et de Beauvais, referma
les ouvertures de la chemise et de la camisole du Roi avec des lacets d’or. Le grand
chambellan vêtit ensuite Sa Majesté de la tunique, de la dalmatique et du
manteau royal. Ces vêtements, qui représentent les trois ordres de sous-diacre,
de diacre et de prêtre, sont de velours violet, parsemés de fleurs de lys en
broderie d’or.
Le Roi se remit ensuite à genoux
devant l’archevêque qui reprit la patène, et fit à Sa Majesté la huitième
onction sur la paume de la main droite, et la neuvième sur celle de la main
gauche. Le Roi, toujours à genoux et tenant dans les mains jointes devant la
poitrine, l’archevêque debout et sans mitre récita une oraison, après laquelle
il bénit les gants, et les aspergea d’eau bénite ; et s’étant assis, avec sa
mitre, il les mit aux mains du Roi ; en faisant une prière. L’archevêque ayant
pareillement béni l’anneau le mit au quatrième doigt du Roi ; après quoi, il
prit le sceptre royal sur l’autel, qu’il mit dans la main gauche de Sa
Majesté ; et enfin, la main de justice, qu’il lui mit dans la droite.
COURONNEMENT DU ROI
Après ces cérémonies, Monsieur de
Miroménil, Garde-des-Sceaux de France, faisant les fonctions de Chancelier,
monta à l’autel, se plaça du côté de l’Évangile, le visage tourné vers le
chœur, et appela les pairs selon leur rang : Monsieur, qui représentez le
Duc de Bourgogne, « présentez-vous à cet Acte ». Monsieur le Comte
d’Artois, qui représentez le Duc de Normandie, « présentez-vous à cet Acte ».
Monsieur le Duc d’Orléans, qui représentez le Duc d’Aquitaine, « présentez-vous
à cet Acte ». Monsieur le Duc de Chartres, qui représentez le Comte de
Toulouse, « présentez-vous à cet Acte ». Monsieur le Prince de Condé, qui
représentez le Comte de Flandre, « présentez-vous à cet Acte ». Monsieur le Duc
de Bourbon, qui représentez le Comte de Champagne, « présentez-vous à cet
Acte ». Les six pairs ecclésiastiques furent appelés de la même manière et en
cet ordre, à savoir : l’évêque Duc de Laon, l’évêque Duc de Langres, l’évêque
Comte de Beauvais, l’évêque Comte de Châlons et l’évêque Comte de Noyon. On
n’appela point l’archevêque Duc de Reims, parce que sa fonction était de sacrer
le Roi.
Le Chancelier ayant descendu de l’autel, et s’étant remis à sa place, l’archevêque prit sur l’autel la grande couronne de Charlemagne, et la soutint seul à deux mains sur la tête du Roi sans le toucher. Aussitôt, les pairs laïcs et ecclésiastiques y portèrent la main pour la soutenir, et l’archevêque la tenant toujours de la main gauche fit une Prière. Ensuite il mit seul la couronne sur la tête de Sa Majesté, continua de prier ; et après le couronnement, s’étant levé et ayant quitté sa mitre, il récita plusieurs oraisons, et donna plusieurs bénédictions.
INTRONISATION DU ROI
Dès que cette grande cérémonie du couronnement
fut achevée, l’archevêque de Reims, précédé de son porte-croix, de son porte-crosse,
et des deux chanoines en chape, prit le Roi par le bras droit, et le conduisit
en cet ordre au trône élevé sur le jubé. Les six Héraults d’Armes qui étaient
restés au milieu du chœur, commencèrent la marche, et s’arrêtèrent au bas des
escaliers qui conduisaient au jubé. Les pairs ecclésiastiques montèrent par
l’escalier du côté de l’épître ; les pairs laïcs par celui du côté de
l’Évangile. Le Maréchal de Clermont-Tonnerre, représentant le connétable,
tenant l’épée nue et droite, ayant à ses côtés les deux Huissiers de la Chambre
portant leurs masses, marchait devant le Roi, qui avait la couronne de diamants
sur la tête, et qui portait en ses mains le sceptre et la main de justice. Le
Maréchal de Noailles et le Prince de Beauveau, capitaine des gardes du corps,
précédés de six gardes écossais, marchaient aux deux côtés du Roi. La queue du
manteau était portée par le Prince de Lambesc, Grand-Écuyer de France. Le
Chancelier suivait seul le Roi, et après lui le Prince de Soubise, représentant
le Grand-Maître de la Maison du Roi. À sa droite était le Duc de Bouillon,
Grand-Chambellan de France, et à sa gauche, le Maréchal de Duras, premier
Gentilhomme de la Chambre, et le Duc de Liancourt, Grand-Maître de la Garde-robe,
les six gardes écossais s’arrêtèrent au haut des marches du trône, trois de
chaque côté.
Le Roi étant monté à son trône par
l’escalier du côté de l’Évangile, les pairs ecclésiastiques et laïcs se
placèrent, chacun selon son rang, aux deux côtés du trône, et les
Grands-Officiers occupèrent les places qui leur furent marquées. Les deux capitaines
des gardes du corps se tinrent sur la marche de l’estrade à côté du fauteuil de
Sa Majesté. Alors, l’archevêque fit asseoir le Roi, et le tenant toujours par
le bras droit, il récita les prières de l’intronisation.
Ces prières étant finies, l’archevêque
quitta sa mitre, et fit une profonde révérence au Roi, et le baisa, en disant
tout haut et par trois fois : « Vivat Rex in aeternum. » (Que le
Roi vive éternellement). Les pairs ecclésiastiques et laïcs, ayant baisé Sa
Majesté, en faisant à leur tour une pareille acclamation, se remirent à leurs
places, et les Héraults d’Armes montèrent au jubé. Aussitôt on ouvrit les
portes de l’église, et le peuple y entra en foule pour y contempler son
Souverain sur son trône, entouré de toute la pompe, et de tout l’éclat de la
Royauté. Dans ce beau moment, le Roi conserva cet air de majesté et de bonté,
qui remplissent les cœurs de tous ces sujets, des sentiments de respect et
d’amour. Ces sentiments précieux furent exprimés par mille et mille
acclamations de « VIVE LE ROI », dans toute l’église et les environs. Les
trompettes et les autres instruments de musique, qui étaient dans le chœur, se
firent entendre, et se mêlèrent aux cris de joie que poussèrent à l’envi tous
les assistants. Quel moment pour la Reine ! Si ses larmes, qu’elle ne put
retenir, honorèrent son propre cœur, combien ne rendaient-elles pas plus touchante
encore cette auguste cérémonie !
Les oiseleurs lâchèrent ensuite un
grand nombre de petits oiseaux, qui, par le recouvrement de leur liberté,
signifiaient l’effusion des grâces du Souverain sur son peuple, et que jamais
les hommes ne sont plus véritablement libres, que sous le règne d’un Prince
éclairé, juste et bienfaisant. L’artillerie de la ville célébra aussi et
annonça cette grande solennité par plusieurs décharges, et les gardes-françaises
et suisses, qui étaient rangées dans le parvis et sur la place, firent alors
une triple salve de leurs mousqueteries.
Pendant ces vives acclamations
d’allégresse, les héraults d’Armes distribuèrent dans le chœur et dans la nef
une grande quantité de médailles d’or et d’argent, qui avaient été frappées
pour cette cérémonie, et qui représentent d’un côté le buste du Roi avec cette
inscription : Lodovico XVI, Rex Christianisme (Louis XVI, Roi
Très-Chrétien). Et au revers, l’instant de son sacre avec cette légende : Deo
Consecratori (au Dieu consécrateur). Et dans l’exergue, Unctio
Regia, Remis XI Juen MDCCLXXV, (Onction royal à Reims, le XI
juin MDCCLXXV). (À Reims avec la date du jour, du mois et de l’an). L’archevêque
étant descendu du jubé, et lorsqu’il fut arrivé à l’autel, entonna Te
Deum qui lui fut annoncé par le grand-chantre, et qui avait été mis en
musique par M. Rebel, Surintendant de la Musique du Roi, qui, dans cette
belle composition, a donné de nouvelles preuves de ses talents supérieurs.
Alors, toute la Ville retentit du son des cloches et du bruit de l’artillerie.
Puis, fut célébrée la messe annonçant la fin des cérémonies du sacre. La
cérémonie se termina par un usage ancien, le festin royal dans les salles de l’archevêché. »[3]
[1] Faire, aménager, exécuter.
[2] Ambon
[3] Inspirer du Journal
Historique du Sacre du couronnement de Louis XVI, Roi de France, Sacre et
couronnement de Louis XVI, Roi de France et de Navarre, à Rheims, de
Thomas Jean PICHON, Nicholas GOBET, chez VENTE, Libraire des Menus Plaisirs du
Roi, rue de la Montagne Sainte-Geneviève, 1775
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